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Posté le: Ven Oct 22, 2004 8:11 am |
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| Maïlila |
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Un film grandiose...
Après la dope, la vie à réinventer. Maggie Cheung funambule, dans un Assayas mélodramatique et intense.
C'est un film qui va bien avec septembre, la rentrée et l'automne qui vient : un film où il s'agit pour la protagoniste d'atterrir, de regarder la vie en face, de tourner la page. Emily était la compagne héroïnomane et vaguement chanteuse de Lee, rocker dont elle tirait son arrogance et qu'elle abreuvait de dope, au fil de tournées de moins en moins glorieuses. Après une nuit de mauvais shoot, il ne lui reste de cet homme que l'image d'un cadavre bâché, et, devant elle, six mois de détention. Clean commence comme ça, face à un horizon bouché par les cheminées d'une zone industrielle canadienne, dans une nuit fuligineuse, sur fond musical funèbre de Brian Eno.
Le programme que s'est fixé Olivier Assayas est à la fois modeste par son principe et ambitieux, vu la qualité de regard qu'il requiert : suivre pas à pas Emily dans sa tentative de reconstruction, c'est-à-dire de métamorphose. A sa sortie de prison, la harpie défoncée des premières images n'entrevoit qu'une raison de continuer : renouer avec son petit garçon, jusqu'ici élevé par les parents de Lee. Mais pour que ces derniers lui en accordent le droit, il faut qu'elle apprenne à se passer définitivement d'héroïne et à vivre à son propre compte. Qu'elle redevienne clean.
Hier encore, Assayas était un jeune cinéaste qui se voulait absolument moderne. Derrière la ligne nette et classique de ce nouveau film le plus simple à résumer de sa carrière , l'audace continue, mais autrement. Clean ne serait pas aussi beau et émouvant s'il n'était à chaque instant le fruit d'une fine réflexion sur ce qu'il faut montrer ou escamoter du parcours incertain d'Emily. Vigueur toujours renouvelée des ellipses, sobriété à tous les postes, fluidité vertigineuse des scènes de foule et de déplacement, acuité des détails saisis, tout compte, y compris, par exemple, ce monstrueux hamburger frites-oignons que s'envoie Emily en rencontrant le père de Lee (Nick Nolte, aux accents bergmaniens) après son séjour en taule : le premier signe d'une possible reprise de forces.
Le Paris où la survivante tente de se réinsérer, parce qu'elle y a gardé les relations de sa jeunesse, est aussi le monde retrouvé des propres débuts d'Assayas. Dix-huit ans après Désordre sur la destinée d'un groupe de rock , Clean présente l'état des lieux plutôt amer d'une génération élevée à la contre-culture romantique et rattrapée aujourd'hui par la norme, l'inertie ou l'overdose fatale. Parmi les anciennes copines d'Emily, il y a, entre autres, l'aquaboniste peinarde (Béatrice Dalle, magnifique) et la carriériste rancunière (Jeanne Balibar, tout un festival...). Mais personne pour suggérer qu'il est encore possible de garder la rock'n'roll attitude et, à la fois, de prospérer. Ce qui rend si bouleversant le traitement de choc que s'inflige Emily : décrocher non seulement de la drogue à coups de méthadone, mais aussi d'une utopie. Se résigner à vivre la vie routinière de tout le monde (servir dans un resto, vendre des fringues), si « moche » soit-elle.
A Maggie Cheung d'incarner toute la violence de cette dépressurisation existentielle, et l'espoir fragile d'un nouveau modus vivendi. Pour parler jeune, elle déchire. Pour l'énoncer de façon plus traditionnelle, elle est déchirante. Ce qui ne veut pas dire sympathique, jolie ou sainte, bien au contraire. Mais plutôt à vif et à nu, comme rarement le sont les actrices. Certes, Assayas a écrit le rôle d'Emily pour elle et personne d'autre, en exploitant ouvertement sa réalité cosmopolite et polyglotte. Mais il y a autre chose : la sensation rare que la mue qui s'opère à l'écran est aussi vitale pour le personnage que pour l'interprète. Et que les deux nécessités n'entrent jamais en concurrence (la performance contre le film), mais en fusion, en résonance. Grâce à Maggie Cheung, Emily rejoint le cercle très fermé de ces héroïnes funambules dont on ne peut plus oublier le combat qu'elles mènent contre elles-mêmes, celui de la dernière chance. Comme la Sue (perdue dans Manhattan) d'Amos Kollek. Comme la Jackie Brown de Tarantino.
Ce qui vaut pour la comédienne vaut-il aussi pour le metteur en scène ? Quand on n'a pas le choix, on change, dit l'affiche. Il est tentant de voir en filigrane la patte blanche, Clean, montrée par un Olivier Assayas revenu du bide de son précédent opus, le compliqué Demonlover. Et désireux lui aussi de négocier un tournant en tant que cinéaste, avec un film de genre, un mélo intense. Mais si tel est le cas, il a eu la bonne idée d'en faire son sujet sous la forme de l'interrogation et du doute. La vraie modernité de Clean tient à son relativisme. Toute certitude en est exclue, y compris quand les choses s'arrangent un peu pour Emily. Les hommes, les femmes et même les enfants peuvent se parler, se comprendre, changer d'avis les uns à propos des autres, se dire la vérité, se laisser mutuellement une chance. La chance, quant à elle, peut parfois tourner du bon côté, contre toute attente. Mais même face à un horizon soudain dégagé, reste à pleurer les larmes trop longtemps contenues pour en arriver là. Reste le risque, la morsure du passé et la brûlure de vivre.
Louis Guichard
Télérama n° 2851 - 4 septembre 2004
Elle illumine "Clean", le dernier film d'Olivier Assayas. Elle y casse son image de star à l'ancienne dans laquelle le cinéma populaire hongkongais avait voulu la figer. Le début en beauté d'une nouvelle carrière. Celle d'une comédienne libérée des conventions, d'une Asiatique d'Europe riche de sa double culture. Maggie, actrice réinventée.
Bouleversante, magnifique, sublime... Sur les écrans de cinéma, sur Internet et à la télévision, la bande-annonce de Clean effeuille les épithètes que Maggie Cheung a fait fleurir dans la presse en mai dernier. Le festival de Cannes s'acheva pour elle en beauté, avec un Prix d'interprétation d'une valeur particulière. C'était la énième récompense de sa carrière, et c'était aussi la première. Il y a déjà plus de vingt ans qu'elle a fait ses débuts, à Hongkong, où elle a tourné plus de soixante-dix films, ce qui a fait d'elle une vedette du cinéma commercial et aussi une habituée des Oscars locaux, dont on n'entend jamais parler. Mais quand c'est Tarantino, président du jury, qui décerne le prix, l'horizon s'agrandit : sur la scène de Cannes, une étoile est née.
Si Clean marque sa consécration, elle en est la révélation. Comme si on ne l'avait pas vue dans In the mood for love ou Hero, comme si elle venait d'apparaître dans ce rôle de femme qui doit repartir de zéro, sans argent, sans amour et sans son fils tenu à l'écart de sa vie chaotique. « Je savais qu'il y avait pour elle aujourd'hui la possibilité de faire un nouveau premier film, dit Olivier Assayas, le réalisateur de Clean. On pouvait toucher à une dimension qu'elle n'avait pas encore eu l'occasion de révéler. C'est une chance formidable de travailler avec une comédienne de l'ampleur de Maggie, et de pouvoir la réinventer. » Elle aussi parle de Clean comme d'une première fois : « J'ai effacé toutes les techniques, j'ai ôté tous les masques. Ce n'était pas facile, je n'étais pas sûre de ce que je faisais. Mais quand j'ai vu le film, j'ai été émue. Et en recevant le prix à Cannes, je me suis dit : "C'est la preuve qu'on peut explorer le métier d'actrice d'une autre façon." Clean m'a ouvert une nouvelle porte. »
Il est probable que l'histoire de la nouvelle Maggie Cheung commence, en fait, dix ans plus tôt, dans le décor d'un autre festival international de cinéma, la Mostra de Venise. Elle vient alors y présenter Les Cendres du temps, le nouveau film d'un jeune prodige de Hongkong, Wong Kar-wai, le futur réalisateur d'In the mood for love. Olivier Assayas est là, lui aussi, comme membre du jury. Il connaît bien le travail de Wong Kar-wai et de son actrice fétiche, qu'il a déjà vue, sous la direction de celui-ci, dans As tears go by (1988) et Nos années sauvages (1991). Mais en rencontrant Maggie Cheung sur le Lido, il la découvre : « Ce qu'elle dégageait était très différent de son image à l'écran, et très différent de ce que je ressentais chez les comédiennes occidentales. Maggie avait à la fois une forme de modernité et une manière d'être star très séduisante, très inspirante, alors que c'est plutôt quelque chose d'un peu vieillot, le côté star de cinéma. Cela m'a donné envie d'écrire pour elle, et nous nous sommes retrouvés deux ans plus tard pour Irma Vep. » Elle y interprète son propre rôle : une « Hongkong star » qui débarque à Paris pour tourner un film d'auteur typiquement français. Mais, derrière cette approche réaliste, Assayas fait preuve d'une étonnante fantaisie, et ne se contente pas de jouer sur l'exotisme d'une actrice dépaysée. En justaucorps de latex noir, Maggie Cheung devient héroïne de BD et icône de cinéma, fantasme et fantôme : actrice culte. A Cannes, où le film est présenté en sélection parallèle, on la croise dans la rue avec son réalisateur, silhouette frêle, discrète, en jean et baskets, voulant seulement n'être personne, n'être qu'une personne. Comme si Irma Vep la délestait soudain de tous les personnages, y compris le sien. Maggie Cheung ? Une invention du cinéma.
Avec Clean, le chemin accompli est impressionnant. « C'est comme si j'avais fait deux films avec deux comédiennes différentes, résume Assayas. Cette fois, je suis allé chercher chez Maggie ce qui n'a rien à voir avec la star, en tout cas le moins possible, des choses qui se jouent dans le naturel, l'émotion. Je n'aurais pas pu accéder à cela à l'époque d'Irma Vep, tout simplement parce que je ne la connaissais pas encore, et parce qu'elle-même n'aurait pas été capable de donner cela il y a dix ans. Elle a beaucoup appris en passant plus de temps en Europe, en regardant travailler certains comédiens français. L'apport créatif des acteurs est limité dans le cinéma hongkongais. On n'y trouve pas cette forme d'improvisation que les cinéastes français, de manière générale, pratiquent avec leurs comédiens. Après Irma Vep, Maggie a tourné Comrades, Almost a love story, de Peter Chan, un film qui ressemble à du bon Claude Lelouch chinois, pour lequel elle a obtenu tous les prix possibles et imaginables en Asie. J'ai vu qu'elle osait y exprimer l'émotion avec plus de vérité, qu'elle se libérait de certaines conventions. »
A Hongkong, cette évolution est jugée de manière plus radicale : « Je suis maintenant considérée là-bas comme une actrice intellectuelle », dit Maggie Cheung. Au lieu de rester cette fille sympa qui donnait la réplique à Jackie Chan dans Police Story, Police Story 2, Police Story 3, elle a cherché l'aventure. D'abord avec des compatriotes au style affirmé. Wong Kar-wai fit d'elle celle par qui le trouble arrive : une jeune femme qui, loin des clichés romantiques des mélos, reflète à la fois la magie et la mélancolie du sentiment amoureux. Un personnage récurrent, qui portait d'ailleurs le même nom dans Nos années sauvages et dans In the mood for love : Su Li-zhen. Pour Stanley Kwan, elle incarna, dans Center Stage (1992), la grande star du cinéma chinois des années 30, Ruan Lingyu, qui se suicida à 25 ans, détruite par les médisances et l'étalage de sa vie privée. Un cauchemar bien réel pour Maggie Cheung : « Ma vie à Hongkong est devenue un enfer à cause des paparazzi et de la presse à scandale. N'importe quelle photo est interprétée d'une manière cruelle. Quand j'ai commencé ma carrière, les stars étaient respectées. Aujourd'hui, tout est fait pour les démolir. J'ai un appartement qui donne sur la mer, et je dois vivre avec les volets fermés pour me protéger. J'en suis malheureuse, mais il n'y a pas d'autre moyen de résister à cette forme de pollution. Heureusement, j'habite le plus souvent à Paris. Je garde mes distances. »
Ici et là, en Asie et ailleurs, elle a toujours vécu ainsi. Elle a 8 ans quand ses parents quittent Hongkong pour Paris, où les projets commerciaux du père tournent court. Ils repartent quelques mois plus tard pour une petite ville du Kent. « Les enfants de mon école n'avaient jamais vu une Asiatique de leur vie. On s'est moqué de moi jusqu'à ce que j'aie 14 ans. Mais j'ai quand même eu une enfance heureuse en Angleterre, et je suis contente d'avoir été confrontée à une autre culture. » A 17 ans, revenue à Hongkong pour des vacances, elle est remarquée par un photographe et commence une carrière de mannequin. Sa beauté est évidemment un passeport pour le cinéma, mais avec son visage parfait, elle court le danger d'être utilisée comme une image lisse. Même Wong Kar-wai ne résistera pas à la tentation de filmer surtout sa grâce, son élégance, sa démarche, et de la faire défiler dans une inoubliable collection de robes chinoises pour In the mood for love.
« La reconnaissance que Maggie a obtenue à travers ce film est fondée sur un malentendu, dit Assayas. Dans In the mood for love, elle représente la pure femme chinoise, alors qu'elle est à l'opposé de cela. Ce qui la caractérise est d'avoir une double culture, de se sentir à la fois orientale et occidentale, d'être tiraillée entre l'Europe et la Chine, l'anglais et le cantonais. Les personnages qu'elle peut jouer sont des femmes contemporaines de n'importe quelle culture, mais on n'utilise qu'une facette d'elle, la chinoise. J'inclus Irma Vep là-dedans... » Et le cinéaste de conclure : « Les films que Maggie a tournés depuis huit ans ne sont pas du tout à la hauteur de ce qu'elle est comme comédienne. »
On perçoit chez elle une lassitude dès qu'il s'agit d'évoquer ce récent passé, comme si ses rôles n'avaient effectivement pas attisé son envie de tourner. Elle semble même en avoir définitivement fini avec le cinéma de Hongkong, où sa vie professionnelle ne la ramène que pour des contrats publicitaires. « J'ai tourné trop de films là-bas, je me répéterais si je continuais. Les cinéastes font les mêmes films qu'il y a quinze ans. » Wong Kar-wai n'échappe pas à la règle : « Il est différent, mais j'ai déjà travaillé avec lui. Je ne veux pas faire toujours la même chose. » L'usure se fait bel et bien sentir, sans doute précipitée par le rendez-vous manqué de 2046, le nouveau film du réalisateur, dans lequel on l'attendait et où elle n'apparaît pas. Après avoir consacré neuf mois au tournage sans cesse prolongé d'In the mood for love, elle a simplement, dit-elle, refusé de se rendre à nouveau disponible aussi longtemps : « Je n'ai tourné que quelques scènes, puis j'ai dû partir au Canada pour Clean. Je n'avais pas envie de me remettre dans le système de travail de Wong Kar-wai. Quand j'ai vu In the mood for love, c'était formidable, mais je m'étais mise à le détester. Il m'avait gâché la vie avec ce tournage sans fin. »
Avec Hero, de Zhang Yimou, saga historique mâtinée d'arts martiaux dans la lignée de Tigre et Dragon, elle connut l'un de ses plus gros succès en Asie, et un peu partout dans le monde. Mais ce show n'a finalement en rien profité à sa carrière. « Zhang Yimou s'intéressait surtout aux scènes de combat, moins aux personnages. C'était un défi pour moi de faire encore un film à grand spectacle, mais je ne recommencerai pas. » Au passage, on comprend qu'elle est incollable sur les trucages réalisés dans ce genre de féerie fantaisiste pour faire croire que les acteurs volent, alors qu'ils sont suspendus à des câbles... Elle a eu le temps de voir les effets spéciaux évoluer en jouant, jusqu'au début des années 90, des personnages qui s'appelaient Serpent vert, Maîtresse impériale ou Princesse Tin-Heung.
De ces années de travail intense, Assayas dit qu'elle a retenu une manière rapide de travailler : à Hongkong, les stars n'ont pas l'habitude de s'isoler dans leur caravane, elles restent avec l'équipe pour enchaîner les scènes. C'est l'usine à rêves, sans le luxe de Hollywood. Dont Maggie Cheung, justement, ne rêve pas. Elle semble à peine regretter la superproduction qu'elle aurait dû tourner avec Steven Spielberg, Confessions d'une geisha : « J'ai fait des essais, j'ai été engagée, payée, et toute la production s'est arrêtée. Je n'avais pas le rôle principal, mais c'était impossible de refuser cette expérience à Hollywood, ne serait-ce que pour voir à quoi rassemblent ces grosses productions dont le budget cantine est plus important que le budget total d'un film à Hongkong ou en France. J'étais assez curieuse de cela. Ce qui ne veut pas dire que j'étais passionnée à l'idée de jouer une femme japonaise dans cette histoire de geisha. » Elle aurait dû aussi endosser le rôle de « l'Asiatique diabolique » dans Bob Morane, que devait tourner Christophe Gans, le réalisateur du Pacte des loups. Ça ne s'est pas fait et, à l'évidence, ça ne lui manque pas.
Il était temps de renaître. Le projet de Clean est arrivé, nourri par sa propre évolution, et celle de ses relations avec Olivier Assayas. « J'ai écrit le scénario à une période où nous étions mariés, où nous vivions ensemble, dit-il. Quand j'ai pu tourner le film, nous avions divorcé et avions des relations amicales, mais tout à fait distendues. Du coup, notre rapport convergeait entièrement vers le film. C'était simple, immédiat. On pouvait ainsi aborder des choses compliquées, avec pas mal de danger à la clé pour Maggie. » En effet, son rôle dans Clean lui demande à peu près tout : jouer en anglais, en cantonais, en français, chanter, et faire le sacrifice de sa beauté. Pour la première fois, elle n'est pas resplendissante. Un exorcisme définitif de la séduction hiératique d'In the mood for love ? En tout cas, on la voit soudain différemment. « C'est elle qui a choisi son look pour le film, explique Assayas. Quand je l'ai vue arriver avec des cheveux crépus, je lui ai dit : «Tu es sûre que tu as envie de ça ? » Et j'ai vu qu'elle était intraitable sur la question. La manière dont les cheveux sont coiffés, tirés ou pas tirés, avec ou sans chapeau, c'est déjà une approche du personnage pour elle. Avec tous les films qu'elle a faits, elle connaît ça admirablement ; je savais qu'il fallait lui faire confiance. »
Emily, l'héroïne de Clean, « n'essaie pas d'avoir une image, elle est telle qu'elle est », dit Maggie Cheung. Puis elle confie une envie nouvelle : « Faire des films où je suis belle ou non, pas fausse. » Entre le personnage et l'actrice, la rencontre est forte, au-delà des points communs, des croisements de destin : Emily affirme finalement sa voie et sa voix, et Maggie découvre la sienne, au point de songer sérieusement à devenir chanteuse pop. En écoutant Wait for me ou Down in the light, qu'elle interprète sur la bande originale de Clean (1), on se dit qu'elle a toutes ses chances. C'est surtout la modernité qu'Olivier Assayas avait décelée chez elle qu'elle retrouve aujourd'hui, sous un nouveau jour. « Le personnage d'Emily est très contemporain, car c'est une fille sans identité familiale ou territoriale, commente le réalisateur. Elle flotte entre plusieurs cultures, plusieurs pays, et doit trouver son identité dans le fait de ne pas avoir de racines. C'est quelque chose de nouveau, et Maggie pouvait incarner ça mieux que toute autre actrice. » Elle est en train de créer, selon lui, un véritable phénomène : être la seule actrice hongkongaise à continuer sa carrière, et même à la redémarrer, à presque 40 ans. Sereine, souriante, un peu détachée des émois du monde du cinéma, l'intéressée ne se laisse pas griser par cette place unique, qu'elle sait avoir. L'important, c'est le plaisir de jouer, hier perdu, maintenant retrouvé : « Je me sens libérée. Je sais que je peux tout faire. Clean m'a régénérée. »
Frédéric Strauss
Date de sortie : 1 Septembre 2004 Film américain. Genre : Drame
Durée : 1h 50min. Année de production : 2003
Avec Maggie Cheung, Nick Nolte, Béatrice Dalle
Réalisé par Olivier Assayas
Synopsis :
Quand on n'a pas le choix, on change. Emily n'a qu'une obsession : récupérer son fils, que ses beaux-parents élèvent loin d'elle. Pour y parvenir, il faudra qu'elle reconstruise sa vie... qu'elle devienne clean.
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Posté le: Ven Oct 22, 2004 5:48 pm |
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| remi |
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Un très beau film de Daniele Thompson qui est sorti fin 2002, avec un très beau duo d'acteur!
**Décalage Horaire**
Film français, britannique(2001)
Comédie, Romance
Date de sortie:30 octobre 2002
Durée:1h30
Avec: Juliette Binoche, Jean Reno, Sergi Lopez...
Réalisé par: Daniele Thompson(La Bûche)
Nomination au César 2003 de la meilleur actrice pour Juliette Binoche
Synopsis:
La salle d'attente d'un aéroport est le théâtre d'une rencontre entre Rose(Juliette Binoche), une esthéticienne qui vient de quitter son compagnon violent, et Félix(Jean Réno), un homme d'affaires célibataire qui n'a de temps à se consacrer qu'à son travail. La première, voyante, extravertie, bavarde envisage de partir à Mexico "en classe eco", tandis que lui discret, taciturne, refermé sur lui-même, voyage en première dans un avion qui va de New-York à Munich. Tous les deux restent bloqués au sol pendant quelques heures à cause d'une grêve...
Quelques critiques:
Critique globale:***
Studio****: Ensemble, Binoche et Reno, forment l'un des plus beaux couples qu'il nous ait été donné de voir au cinéma.
Libération*** Pourtant Décalage Horaire mérite le détour, bien écrit, joué, troussé, amusant.
Le Monde***: L'excellente prestation de Juliette Binoche et Jean Reno, en contre emploi, contribue à la réussite de cette comédie sentimentale astucieuse de Daniele Thompson
Ciné Live***: Sur l'air connu de la "rencontre de deux êtres que tout oppose", un numéro d'acteurs accompli et un film charmant et charmeur au final
Première:***: Toujours charmante même lorsqu'elle frôle la pétasserie, Binoche, en contre-emploi, prouve que maintes Julia Roberts et autres Meg Ryan someillent dans nos actrices les plus exigeantes
Novaplanet:*** Faut-il avoir honte d'aimer les comédies sentimentales? Non, quand elles sont bien menées. C'est le cas de Décalage Horaire
Le Parisien:*** Si on a envie de s'aérer le coeur, on appréciera forcément ce joli, film, léger, charmant, fébrile, traversé par une Juliette Binoche qui n'a jamais été aussi belle et un Jean Réno particulièrement touchant.
Mon avis:
**** Certes l'intrigue et le scénario ne sont pas aussi recherchés que les films d'Amoldovar, mais un film a t-il besoin d'être autant travaillé pour qu'il soit bien? Non, et c'est le cas de Décalage Horaire, une comédie légère, bien réalisé et surtout avec une interprétation qui fait la grandeur de ce film: le couple Juliette Binoche-Jean Reno est inoubliable; Juliette Binoche est une re-découverte: on la découvre dans un registre comique qu'il lui va à merveille sans oublier Jean Réno, sobre et drôle. Bref une pure comédie, aux dialogues bien ficellés et avec une très belle BO.
Affiche du film:
Quelques photos:
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_________________ Nolwenn Leroy *Histoires Naturelles* 5 Décembre 2005
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Posté le: Ven Oct 22, 2004 10:45 pm |
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| Maïlila |
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Décalage horaire : c'est un bon moment. Binoche y est extra !  |
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Posté le: Sam Oct 23, 2004 10:32 pm |
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| remi |
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| Maïlila a écrit: |
Lost in translation
Film américain (2002).
Comédie dramatique.
Durée : 1h 42mn.
Date de sortie : 07 Janvier 2004
Avec Bill Murray, Scarlett Johansson, Giovanni Ribisi, Anna Faris, Akimitsu Naruyama...
Réalisé par Sofia Coppola
Synopsis
Bob Harris, acteur sur le déclin, se rend à Tokyo pour touner un spot publicitaire. Il a conscience qu'il se trompe - il devrait être chez lui avec sa famille, jouer au théâtre ou encore chercher un rôle dans un film -, mais il a besoin d'argent.
Du haut de son hôtel de luxe, il contemple la ville, mais ne voit rien. Il est ailleurs, détaché de tout, incapable de s'intégrer à la réalité qui l'entoure, incapable également de dormir à cause du décalage horaire.
Dans ce même établissement, Charlotte, une jeune Américaine fraîchement diplômée, accompagne son mari, photographe de mode. Ce dernier semble s'intéresser davantage à son travail qu'à sa femme. Se sentant délaissée, Charlotte cherche un peu d'attention. Elle va en trouver auprès de Bob...
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Je l'ai acheté en DVD la semaine dernière et c'est un véritable chef d'oeuvre. Le scénario est simple mais l'interprétation de Bob Harris et de Scarlett Johannson est excellente: ils sont tous les deux touchants et passionnants. Et Sofia Coppola filme le Japon de façon grandiose; on est éblouit par les images... une partie du film se passe dans le Tokyo de nuit. C'est vraiment excellent! La fin est émouvante et le générique de fin arrive malheureusement trop tôt: on reste bouche bée à la fin du film.
Bref un film excellent pour tout le monde entre comédie et drame!  |
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_________________ Nolwenn Leroy *Histoires Naturelles* 5 Décembre 2005
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Posté le: Sam Oct 23, 2004 10:56 pm |
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| Maïlila |
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Whaou ! Une merveille !
Eternal Sunshine of the spotless mind
Plongée azimutée dans l'histoire d'un couple. Le "clippeur" surdoué Michel Gondry fait mouche.
Fricassée de souvenirs amoureux en voie d'effacement, le deuxième long métrage de Michel Gondry porte furieusement la patte bizarroïde de son scénariste, Charlie Kaufman : après Dans la peau de John Malkovich (réalisé par Spike Jonze), voici « dans la tête de Jim Carrey ». Mais ce dernier n'est plus le pitre caoutchouteux qu'il était. Il joue (très bien) Joel, le jeune vieux garçon mélancolique et inachevé égaré dans son propre labyrinthe mental.
On peut accepter ou pas le gadget narratif qui fait entrer dans le vif du sujet : une invention futuriste à même de vous rendre étranger à la personne de votre choix, du jour au lendemain. Par un carton trouvé dans sa boîte aux lettres, Joel apprend ainsi que sa compagne, Clementine (Kate Winslet), vient de le faire effacer de sa mémoire et qu'il est invité à ne plus entrer en contact avec elle. Si on tolère le truc, Eternal Sunshine... réserve moult bonnes surprises et s'avère beaucoup plus concluant que Human Nature, la précédente tentative cinéma de Michel Gondry.
Cette fois, ses talents de « clippeur » émérite (se souvenir du Bachelorette de Björk, entre beaucoup d'autres) trouvent un prolongement naturel avec un récit gigogne, affranchi de la chronologie. Pour surmonter la trahison de Clementine et le manque, Joel décide de se faire à son tour désintoxiquer de son ex. Le plus gros du film relate la nuit où les techniciens de Lacuna (la société exploitante du fameux philtre d'oubli) s'activent autour de son corps endormi, relié par un gros casque de coiffeur high-tech aux ordinateurs effaceurs de souvenirs. Gondry joue ainsi sur deux niveaux interactifs : à la surface du sommeil et dans les profondeurs d'un cerveau.
Sous le crâne du patient, c'est la tempête, le tourbillon de la vie, mais à l'envers : la machine dévide à rebours le roman de Joel et Clementine. Si lui est un vrai taciturne, elle est une fausse fofolle, qui contient son angoisse sous une fantaisie un peu forcée, alternant les couleurs de cheveux les plus criardes, multipliant les mines et les pantomimes. Les premières réminiscences correspondent aux derniers moments partagés, sous le signe de l'usure et de l'exaspération mutuelle : Joel et Clem ressemblent à l'un de ces couples de « morts dînants » qui leur faisaient horreur au restau. Puis viennent les souvenirs antérieurs, plus ardents, jusqu'à la première rencontre sur une plage près de New York moment-clé où Kate Winslet et Jim Carrey deviennent pour de bon une paire d'humains lambda et touchants, donc un vrai couple de cinéma.
Compressions, dilatations et télescopages spatio-temporels à foison... Avec une imagination visuelle variée, Michel Gondry convertit en saynète concrète chaque mouvement intérieur de Joel, et notamment celui que la technique n'avait pas prévu : son refus obstiné d'oublier Clementine. Pendant ce temps, les techniciens de service trompent la routine de leur job en improvisant, à l'insu de leur patron, une petite party d'étudiants attardés : bibine, trampoline sur le lit de Joel et sous-vêtements à l'air. Trois jeunots parmi les plus sexy du moment apportent ainsi un contrepoint sautillant aux affres du héros : un peu Elijah Wood (le Frodon du Seigneur des anneaux), beaucoup Mark Ruffalo (le tombeur d'In the cut) et Kirsten Dunst (la M.J. chérie de Spider-Man).
Fort de cette distribution rutilante, de ses trouvailles plastiques et de sa construction astucieuse, le film est déjà un beau bric-à-brac, mode et moderne sans parler de la reprise d'un tube des Korgis par Beck sur la BO. Mais pour les cœurs de midinette, il y a davantage : une petite lame de fond pop et élégiaque, elle aussi échappée du clip et de la chanson romantique. Comme cette dernière, le film distille une croyance naïve dans la vérité et la pérennité des sentiments, envers et contre tout. A cet égard, Eternal Sunshine of the spotless mind (titre emprunté à Alexander Pope, poète anglais du XVIIIe siècle) est l'exacte antithèse d'un autre film récent déroulant à l'envers l'histoire d'un couple ordinaire, 5 X 2. Chez François Ozon, la machine à remonter le temps ne faisait qu'éclairer un malentendu inaugural, sans appel. Chez Michel Gondry, elle sert au contraire à retrouver le reflet intact de l'amour enfoui dans les plis de la mémoire.
Louis Guichard
Américain (1h48). Réalisation : Michel Gondry. Scénario : Charlie Kaufman. Avec : Jim Carrey (Joel), Kate Winslet (Clementine), Kirsten Dunst (Mary), Mark Ruffalo (Stan), Elijah Wood (Patrick).
[img]Télérama n° 2856 - 9 octobre 2004[/img]
Michel Gondry, réalisateur de "Eternal Sunshine..."
Du clip au clap
Ses constructions visuelles ont séduit Björk, Beck ou les Stones. Avec le long format, le vidéaste à l'esprit bouillonnant trouve une extension naturelle à son univers décalé.
C'est un quadra juvénile à l'oeil qui pétille, un Versaillais (« tendance Parly II », corrige-t-il) parti conquérir la culture pop (musique, cinéma, vidéo, etc.) anglo-saxonne, à l'aide d'ingénieux dispositifs bricolés. Roi du clip (Björk, les Rolling Stones et les Chemical Brothers, entre autres, ont fait appel à lui), Michel Gondry a toujours refusé la course à la technologie : il a façonné de curieuses boîtes à musique psychédéliques (une vidéo célèbre pour Daft Punk), animé des Lego (pour les White Stripes). Passé au grand cinéma hollywoodien (avec Human Nature, 2001), il reste fidèle à ses principes : bien qu'elle paraisse incroyablement quotidienne, l'intrigue de son deuxième film, Eternal Sunshine of the spotless mind , se déroule dans la tête du personnage principal, aux prises avec une histoire d'amour qu'il tente d'abord d'effacer de sa mémoire, puis, le processus d'oubli mis en route, de conserver par tous les moyens. Cet étrange univers mental est-il une extension sur grand écran du savoir-faire miniature d'un « clippeur » hors normes ? Détourne-t-il les recettes du clip pour parvenir à un réalisme inattendu ? L'intéressé répond.
Télérama : Peut-on dire d'Eternal Sunshine... qu'il est « filmé comme un clip » ?
Michel Gondry : Ah non ! Parce qu'on associe toujours au clip l'idée d'esbroufe visuelle et de montage ultrarapide. A mes débuts, j'ai essayé de changer ces mauvaises habitudes. Même si cela n'a pas toujours marché, j'ai tenté à chaque fois de m'intéresser à la personne que je filmais, de trouver un terrain d'entente entre elle et moi.
Télérama : C'est-à-dire ?
Michel Gondry : J'ai toujours préféré chercher les ressemblances plutôt que les différences. A l'inverse de la pub. Un exemple : on m'avait envoyé tourner un spot au Japon, je devais montrer des gens aliénés par leur travail. Mais, là-bas, les personnes que j'ai rencontrées me ressemblaient, elles avaient les mêmes passions et les mêmes angoisses que moi. Chercher ce que j'ai en commun avec ceux que je filme, c'est sans doute un lien entre mes clips et mes longs métrages. Cette approche n'était pas évidente dans le domaine de la musique : beaucoup de clippeurs, souvent ceux qui sont issus de la photo, ont tendance à se mettre en avant, et du coup poussent l'artiste à en faire autant. Beaucoup de clips actuels ont des airs de combats de coqs !
Télérama : Vous pensez à qui ? Jean-Baptiste Mondino ?
Michel Gondry : Je ne donnerai pas de noms ! Non, Mondino a été le premier à centrer le clip autour de l'artiste, à ne pas se servir simplement de la chanson comme d'une toile de fond. C'est une leçon que j'ai retenue. Mais moi, je ne veux pas faire de l'artiste une star, un héros. La notion de personne m'intéresse davantage, et c'est sans doute par elle que je suis venu au cinéma.
Télérama : Le sujet même d'Eternal Sunshine... offre une liberté narrative et visuelle proche de celle des clips...
Michel Gondry : C'est exact. Dans mes clips, j'explore ce qu'il y a dans ma tête, ce qu'il y a dans celle de l'artiste. On est pas mal dans l'inconscient. Alors, oui, effectivement, les juxtapositions de souvenirs, les projections dans le temps et l'espace qui constituent la trame du film, tout cela se rejoint. Mais, dans un long métrage, il faut être prudent quand on quitte la réalité trop longtemps. C'est pourquoi je voulais donner à chacun de ces fragments de mémoire une texture vibrante, vécue. L'idéal étant que, par le biais de ces images mentales, on arrive à une vision très réaliste du sujet, ici les impasses d'une relation amoureuse.
Télérama : Vous avez déjà montré les liens inextricables entre passé et présent dans un clip des White Stripes, Dead Leaves and the dirty ground. Sur les murs d'une maison en ruines défilent des fragments de vie de ceux qui y ont habité...
Michel Gondry : La représentation physique de l'espace mental, c'est en effet quelque chose qui me travaille beaucoup ! Est-ce que nos souvenirs occupent chacun une place différente dans notre esprit, ou est-ce qu'ils s'amassent tous au même endroit, comme un fichier plus récent en écrase un autre sur le disque dur d'un ordinateur ? Au tout début de ma réflexion sur Eternal Sunshine..., j'avais eu l'idée de développer une structure géométrique où chaque moment de la vie du personnage représenterait un étage. On aurait eu une tour de cent cinquante étages, et, pour se déplacer dans le temps, on se serait déplacé dans l'espace... Finalement, on a choisi une autre direction. Avec les White Stripes, j'étais parti très simplement du texte de la chanson : il y est question d'un retour dans un endroit où l'on a déjà vécu. J'ai décidé de superposer des scènes « passées » à des instants « présents », en projetant sur le décor des images vidéo tournées auparavant dans le même espace. C'est un trucage mécanique très simple, sans aucune postproduction numérique...
Télérama : Cela explique-t-il que face à votre film le spectateur éprouve le même sentiment, élégiaque et romantique, qu'en regardant les meilleurs clips de la pop indépendante anglo-saxonne ?
Michel Gondry : Il y a un rapport très fort entre l'émotion et le souvenir. Chaque souvenir n'existe que parce qu'il est un concentré d'émotion, agréable ou non. Comme la chanson, par son format même. La musique pop actuelle surtout le petit territoire de ce qu'on appelle les groupes indépendants fait appel à des sonorités familières ; on se sent bien, en l'écoutant, parce qu'on y trouve un écho de choses déjà entendues. Ecouter une chanson met parfois la mémoire en marche, sert de lien avec des événements passés. J'ai aussi tendance à penser que la structure même des chansons couplet, refrain, couplet, pont musical, etc. n'est pas très éloignée de celle d'un film. Dites qu'Eternal Sunshine... a une couleur « pop indé », d'accord. Que c'est un long clip, non ! En assistant l'autre jour aux MTV Awards, je me disais que je n'avais pas grand-chose à voir avec un milieu très tape-à-l'oeil...
Télérama : Le traitement formel d'Eternal Sunshine... caméra fluide, image granuleuse, univers sonore cotonneux est en effet aussi éloigné de la majorité des clips que du cinéma américain dominant...
Michel Gondry : Ce ne sont pas des choix visuels prémédités. C'est purement fonctionnel, et lié aux acteurs. Jim Carrey est quelqu'un de perfectionniste, qui veut toujours faire le maximum de prises, alors que Kate Winslet donne très vite le meilleur d'elle-même. Pour éviter toute tension entre eux, j'ai choisi de peu découper, et de tourner certains plans-séquences à deux caméras. Pour avoir une telle souplesse de mouvement, il fallait que le décor puisse être moins éclairé. J'ai donc choisi une pellicule plus sensible. A l'arrivée, cela donne ce grain, et ce style assez fluide. Tant mieux si cela passe pour un choix esthétique une représentation de la nostalgie, par exemple mais je vous assure qu'il s'agit d'une solution purement pratique. Je ne crois pas aux décisions artistiques abstraites...
Propos recueillis par Aurélien Ferenczi
Télérama n° 2856 - 9 octobre 2004
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Posté le: Mar Oct 26, 2004 12:55 am |
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Il faut le voir !
La Niña santa
Une ado mystique s'éveille au désir. Un film subtil et trouble de l'Argentine Lucrecia Martel.
Plus virgina que santa, plus vierge que sainte, la niña est une collégienne travaillée par l'irruption de désirs inconnus dans son corps de madone. Amalia, peau d'ange, cœur de béate, rêve d'exulter en son sauveur : un médecin en congrès dans l'hôtel que tient sa mère. Figées dans un rictus de dégoût boudeur, leurs bouches semblent dessinées pour se rencontrer. Pareillement fuyants, pleins de défiance et de honte, leurs regards ne demandent qu'à se fixer. Très assidue à ses cours de catéchisme, Amalia sait que la religion interdit ces rapprochements. La canonisation express du titre fait partie de ces accélérations éperdues qui donnent sa noblesse au film. Lucrecia Martel exauce le rêve de son héroïne : perdre sa virginité sans perdre son âme, griller les étapes pour accéder plus vite à la plénitude.
Austère et vibrionnante, la cinéaste avait déjà montré son art de nager en eaux troubles dans La Ciénaga, son magnifique premier film, où une famille de bourgeois déclassés se laissait dépérir au bord d'une piscine. Cette fois, elle descend d'un palier et nous emmène dans des fonds plus opaques. Tout n'est que décalage et malentendu, pas de côté au lieu de pas de deux, scission pour fusion dans ce film abyssal, plein d'élans brisés, de souffles coupés. Captifs provisoires d'un hôtel thermal défraîchi, les personnages sont en dérapage incontrôlé. En proie à des désirs aussi imprécis que pressants, ils divaguent et se fient à leurs sens déréglés. Perdus, hésitants, ils esquissent des gestes qui s'achèvent avant d'avoir accompli leur mission.
Jamais les choses ne sont dites à temps, jamais elles ne sont entendues. Et pourtant, le silence n'est pas d'or dans ce lieu de perdition feutré où les téléphones, les portes, les bombes insecticides, les eaux, les couverts, les voix mêmes bruissent avec insistance. Magnifiquement travaillée, la bande-son est une partition cardiaque, un lamento organique assourdissant répondant à la cacophonie d'attirances et de supplications émergeant de tous les êtres. L'oreille finit par être un orifice sexuel que l'on comble de tous les plaisirs : prières enivrantes, tests auditifs, secrets chuchotés, eaux de piscine.
Les médecins regroupés en colloque n'ont pas réponse à tout. D'une sensualité maladive, les corps exhibent leurs bizarreries aussi répugnantes qu'ensorcelantes. Passionnée par les cheveux depuis que sa grand-mère coupa les siens pour en faire don à une statue de la Vierge, Lucrecia Martel épouille ses personnages avec un acharnement animal. Dénoncés par les pensionnaires de l'hôtel pour leur piètre qualité, les shampoings décapent les crânes, comme pour en percer le mystère. Trop gras ou trop secs, poussant dans les nuques comme des semis égarés, les cheveux sont des masses rebelles venues de l'intérieur des êtres. Une nuque granuleuse, une main aux ongles rongés, une lippe tordue : tout n'est que séduction paradoxale. Même dans la plus terne des lumières. Même dans le plus cafardeux des décors. Même dans le plus diabolique des dispositifs.
Amalia finit martyre, et l'on n'a pas vu le coup venir. Elle non plus. Dans la scène finale, Lucrecia Martel laisse flotter la belle enfant dans une piscine, en toute innocence, en toute ignorance. La cinéaste n'abandonne pas son héroïne. Elevée dans un pays où elle cessa de croire en Dieu le jour où elle découvrit que ses professeurs d'instruction religieuse étaient tous impliqués dans la dictature argentine, Lucrecia Martel partage juste son refus de voir la laideur du monde. Soulagée, apaisée, elle la regarde léviter dans un bain de pureté, loin des mensonges et des trahisons.
Marine Landrot
Argentin (1h30). Réal. et scén. : Lucrecia Martel. Avec : Mercedes Morán (Helena), María Alche (Amalia), Carlos Belloso (le Dr Jano), Julieta Zylberberg (Josefina), Alejandro Urdapilleta (Freddy).
Télérama n° 2853 - 18 septembre 2004
Votre film se situe presque entièrement dans un hôtel décrépi ? Pourquoi ?
Lucrecia Martel : Cet hôtel thermal fait partie de mon enfance. Il est situé à quelques kilomètres de Salta, la ville où j'ai grandi, au nord de l'Argentine. Quand j'étais petite, il était à moitié abandonné. Avec mon frère, je passais des heures à me promener dans ses ruines, et ce sont des souvenirs extrêmement troubles et sensuels. Lorsque j'ai écrit le scénario de La Niña santa, sur l'éveil des sens d'une adolescente, ce décor s'est donc imposé à moi.
Brouhaha, téléphone, portes qui claquent, clapotis, vous avez énormément travaillé la bande-son…
Lucrecia Martel : Avant le tournage, j'ai enregistré des quantités d'hommes, de femmes et d'enfant, pour étudier la texture de la voix humaine. Puis, j'ai cherché tous les objets sonores capables de reproduire une partie de ces sons. Pour moi, le son relie beaucoup plus les spectateurs aux acteurs que les images. Il traverse physiquement les gens, et les implique violemment, même s'ils ne le veulent pas.
Vos personnages parlent souvent avec un temps de retard. Pourquoi ce décalage des dialogues ?
Lucrecia Martel : C'est souvent comme ça dans les conversations humaines. On fait des allers et retour, des sauts de chronologie. J'ai voulu reproduire cette déstructuration dans le montage même de mon film, construit comme le cerveau humain : les scènes apparaissent comme des fragments de souvenirs, déclanchés par des émotions fortes.
Pourquoi cette question récurrente de la qualité des shampoings, dans votre film ?
Lucrecia Martel : Mon arrière-grand-mère avait coupé ses cheveux pour les offrir à la Vierge Marie de son village. Toute mon enfance, j'ai été très impressionnée par cette statue en bois de la Vierge, coiffée de vrais cheveux ! D'où mon intérêt pour les cheveux des gens, que je regarde toujours, et qui révèlent beaucoup plus de choses qu'on croit.
Pensez-vous avoir tourné un film subversif ou chrétien ?
Lucrecia Martel : J'ai reçu une éducation catholique, mais je me suis éloignée de la religion quand j'ai découvert que tous mes professeurs d'éducation religieuse étaient impliqués dans la dictature argentine. L'idée de l'existence de Dieu me paraît très belle, mais elle met l'humain dans une position d'infériorité, et de faiblesse qui me dérange. Mon film choquera, j'en suis sûr, la communauté catholique de ma ville, très conservatrice. Mais leur hostilité ne s'exprimera pas, car c'est la ville du secret. C'est la capitale de la foi, mais c'est aussi la province d'Argentine où il y a le plus fort taux de prostitution. Et personne n'en parle…
L'héroine de La Niña santa est hantée par l'idée de vocation. Avez-vous eu la vocation d'être cinéaste ?
Lucrecia Martel : Ça me préoccupe beaucoup de savoir ce que je « dois » faire, dans la vie. Est-ce un vieux reste de catholicisme ? Après le succès de mon dernier film, La Ciénaga, je me suis dit que la réponse, c'était peut-être le cinéma. Mais comme je n'aime pas du tout voir des films en général, c'est sans doute une fausse vocation.
Propos recueillis par Marine Landrot
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Posté le: Mar Oct 26, 2004 12:45 pm |
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Une comédie dramatique brillante avec une interprétation époustouflante!
**Vipère au poing**
Film français(2004)
Drame
Date de sortie:6 octobre 2004
Durée:1h40
Avec: Catherine Frot, Jacques Villeret, Jules Sitruk, Macha Beranger...
Réalisé par: Philippe de Broca(Le Bossu, Chouans!)
Synopsis:
Premier volet d'une trilogie autobiographique, Vipère au poing raconte l'enfance de Jean Rezeau(Jules Sitruk). En 1922 après le décès de leur grand-mère paternelle qui en avait la charge, le jeune garçon et son frère Ferdinand retrouvent leur parents revenus d'Indochine. Mais les relations avec la mère, vite surnommée Folcoche(Catherine Frot), association de folle et de cochonne, vont prendre une tournure cauchemardesque. Celle-çi n'hésitera pas à tondre les deux enfants, à mal les nourrir et à planter sa fourchette dans leurs mains.
Quelques avis de la presse:
***TéléCinéObs:Philippe de Broca met en scène cette adaptation avec une alacrité, même dans la férocité qui fait briller Catherine Frot d'un éclat inattendu. Du fiel qui se boit comme du petit lait. Un étrange délice
***Ciné Live: Un film plutôt maitrisé, très démarqué de la célèbre version avec Alice Sapritch et dont le charme singulier ne laisse pas indifférente
***Première: De Broca adopte Bazin dans un parfum d'encaustique et haine mortelle
Mon avis:
**** Une comédie dramatique brillante et réussie, avec une réalisation de Philippe de Broca au sommet de son art: de très beaux décors et des dialogues efficaces. Autre atout de ce très beau film: L'interprétation époustouflante, notamment le jeune Jules Sitruk magistral dans le rôle de Jean Rézeau: juste, drôle et émouvant sans oublier Catherine Frot qui confirme son immense talent dans un rôle inhabituel et dans lequel elle brille de méchanceté et de peur: elle immortalise ce personnage cruel. Une atmosphère dramatique pendant tout le long du film: on a droit à la petite larme à la fin du film comme pour les Choristes. On ne s'ennuie à aucun moment. Un film à ne pas louper. Lisez également le livre d'Hervé Bazin qui est aussi très poignant.
Affiche du film:
Quelques photos:
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_________________ Nolwenn Leroy *Histoires Naturelles* 5 Décembre 2005
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Posté le: Mar Oct 26, 2004 5:56 pm |
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| Il semblerait que ce soit l'un des meilleurs rôles de Catherine Frot... |
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Posté le: Sam Oct 30, 2004 10:58 am |
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Très beau film rien de plus à dire...
Brodeuses
Deux femmes solitaires renouent les fils de leurs vies. Une rencontre miraculeuse, un premier film lumineux.
Claire donne de grands coups de couteau dans les choux qui crèvent la terre froide. Elle aimerait bien que les bébés naissent dedans, plutôt que de s'imposer sans prévenir au fond de son ventre. Elle lave ensuite ses mains sous un pis de vache. Le lait, c'est bon pour décrasser les doigts, pas pour encombrer les seins pigeonnant dans le mohair. Enceinte involontaire à 17 ans, Claire s'attaque avec une détermination paisible à tout ce qui lui rappelle sa maternité non désirée. Jamais rageuse ni hystérique, elle se bat pour le droit au silence, à la dissimulation, à la honte même. Chez elle, le déni de grossesse est un art suprême et inaccessible.
Comme la broderie, qu'elle pratique en cachette, le soir, après sa journée de caissière à Intermarché. Pas le genre canevas criard qui finit en coussin sur la plage arrière de la voiture. Haut les mains, peau de lapin, des paillettes et du satin, en deux trois coups d'aiguille, Claire transforme le moindre morceau de toile de jute en pièce de collection digne de chez Lesage. Son talent la mène chez Mme Mélikian, une brodeuse professionnelle aussi solitaire et douée qu'elle...
Voilà pour la trame d'un premier film atypique, cousu de fils changeants, de toutes les couleurs et de toutes les matières. Eléonore Faucher a fabriqué Brodeuses comme un oiseau fait son nid, picorant des brins de banalité, des fétus de tristesse, des grains de rêverie. Sensible aux matières, elle a tourné son film en brodeuse, mêlant le rêche au duveteux, l'âpreté à la tendresse. Le nez collé sur son travail, elle ausculte les corps de près, puis prend soudain ses distances et contemple la beauté des êtres dans leur ensemble. Digne et atemporelle, son héroïne a l'air de voyager à travers les époques. Belle comme une Vierge de la Renaissance, elle peut brusquement s'assombrir comme une héroïne de Zola, ou s'illuminer sous son turban bleu, telle la jeune fille à la perle de Vermeer. Et quand elle chevauche sa pétrolette dans la campagne glaciale, ou alpague ses collègue sur le parking, elle ressemble à une syndicaliste de la France d'aujourd'hui...
Cette esthétique ondoyante charge le film de mystère, multiplie les reflets éblouissants, décuple les interprétations possibles. Que doit-on cacher, que doit-on montrer, que doit-on regarder en face ? Ce n'est pas à nous de décider. La vie est pleine de basculements irrémédiables qui se chargent de prendre les décisions à notre place, semble croire Eléonore Faucher. Mais il ne tient qu'à nous de considérer ces catastrophes comme des renaissances.
Claire a cette conviction, qui la pousse à fréquenter ses semblables. Ainsi, sous son regard, le visage tuméfié du frère de sa meilleure amie (défiguré après un accident de la route qui a causé la mort d'un garçon de son âge) prend une toute autre lumière. Cette tache de mort devient tache de naissance et encouragement au renouvellement... Le miracle a aussi lieu sur Mme Mélikian, son employeuse, triste et sombre comme une veuve de guerre, qui reprend goût à la vie par sa seule présence. Leur ouvrage finit par se transformer en croquis de biologie, lumineux et vibrionnant. Les deux femmes piquent des perles et des fils d'argent sur un tulle de mariage. Et l'on croit voir apparaître des embryons en formation...
Sans jamais s'attarder sur l'émotion, Eléonore Faucher saisit l'éphémère dans ce qu'il porte en lui de définitif. Elle crée un climat de raideur flottante, qui n'est bizarrement jamais source d'angoisse. Et l'on se sent aussi émerveillé que le personnage incarné par Jackie Berroyer, qui s'interroge face à une noix : « Peut-être que ça a un sens... »
Marine Landrot
Français (1h28). Réalisation : Eléonore Faucher. Scénario : E. Faucher et Gaëlle Macé. Avec : Lola Naymark (Claire), Ariane Ascaride (Mme Mélikian), Marie Félix (Lucile), Thomas Laroppe (Guillaume), Arthur Quehen (Thomas), Jackie Berroyer (M. Lescuyer).
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