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Les Têtes Raides |
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Posté le: Lun Nov 01, 2004 12:15 am |
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| toriamos |
| âme féérique du Temple |
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| Inscrit le: 01 Oct 2004 |
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| Localisation: Wuthering Heights |
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Pour ceux qui ne les connaissent pas, les Têtes Raides ne sont pas un jeune groupe, ils jouent ensemble depuis plus de 14 ans avec plus ou moins la même formation.
Le groupe est né dans les années 80 dans la banlieue parisienne avec Christian, Cali et Grégoire en pleine mode de musique électrique. Leur tendence musicale sera plutôt vers le punk influencés par the Clash, le groupe s'appelait les Red Ted (par la suite Têtes Raides).
Leur premier album 'Not dead but bien raides' (89) était sorti en vinyle de 25 cm (au lieu de 30) avec une pochette en carton gauffré (la galette dure), leur prochain single n'échappera pas à la règle puisqu'il sortira en disque souple avec une face toute lisse (la galette molle), l'esprit Têtes Raides était né.
Et peu à peu avec l'arrivée d'autres musiciens (aujourd'hui 7) le groupe va se tourner vers d'autres sons, d'autres rythmes, travaille les climats, les couleurs, les humeurs des instruments, cuivres et mystères des mots et vont ne cesser de nous séduire et nous surprendre, chaque instrument va trouver sa place, comme une respiration. Par la suite le groupe va franchir une étape importante : celle d'une musique arrivée à maturité et d'un public omniprésent de tout âge de 20 à 40 ans pour unir passions et générations.
Les Têtes Raides ont bousculés nos habitudes dans la chanson française, ils ont su apporter un ton nouveau, un language qu'on avait jamais entendu, une émotion nouvelle. L' album 'Fleur de yeux' avait été classé dans les disques de l'année par le journal 'Le Monde' et 'Télérama'.
Plus tard le groupe va influencer d'autres groupes comme La Tordue, Les Hurleurs, Les Ogres de Barback, Casse-pipe ou alors tout récemment Weepers Circus et d'autres encore. Sur scène les Têtes Raides sont fascinants, on ne résiste pas à la belle noirceur de leurs atmosphères, éclairées de cuivres inventifs, ils redonnent à la chanson sa vraie force, celle qui sort des tripes et du coeur.
Les Têtes Raides c'est une histoire qui dure, à la vie à la scène, sur nos routes et ailleurs...
Télérama (Anne Marie Paquotte)
Les Têtes Raides constituent sans conteste l'élan le plus captivant de la tendance dite néoréaliste. On ne résiste pas à la belle noirceur de leurs atmosphères, éclairées de cuivres inventifs, de guitares brassensiennes, de tangos déglingués, de valses dérisoires. (...) Les Têtes Raides partent bientôt en tournée : rendez-vous réjouissants avec un souffle nouveau, une saveur salubre, un esprit réellement rebelle.
Les Inrockuptibles (Guillaume Sorge)
Une voix grave assure le frisson, une musique faussement simplette sert avec abnégation la brutalité des textes: sans fioritures superflues, Les Têtes Raides sont ici plus proches du dépouillement poétique des Tindersticks que de l'orfèvrerie maniérée de Divine Comedy. Et même si Les Têtes Raides pèchent par leur manque de bonnes manières, leur refus des élégances, lis possèdent mille fois plus de charisme que n'importe quel meilleur groupe du monde de la semaine anglaise.
Télérama n° 2801, 19 septembre 2003 (Anne-Marie Paquotte)
"Qu'est-ce qu'on s'fait chier !"
D'abord - d'accord, c'est anecdotique -, il est assez plaisant d'écrire un gros mot en entier, sans pudibonds points de suspension, dans un journal bien élevé. Ensuite, le groupe phare de l'alternative française à la variétélé (mais pas que : aussi à l'abdication, à la résignation, à la pensée rabougrie, au vocabulaire assorti qui ferait passer Johnny pour un rédacteur du Robert) garde la tête haute. Après le réjouissant "Gratte poil" du début du millénaire, ce nouvel opus perpétue la tradition vivace au coeur des Têtes d'être le poil à gratter de la zique et des mots hexagonaux. Donc, rock en fanfare, fanfare en goguette et insolence à gogo : la voix véhémente d'Artaud, les collages sonores de Soupault sont ici en famille, parmi ces culbuteurs de langage, ces fauteurs de troubles de la torpeur chantante, ces réinventeurs perpétuels d'un genre réduit façon jivaro par l'industrie discographique et télévisuelle. Sûr qu'avec les Têtes Raides, non seulement les lendemains chantent, mais on ne risque pas de s'faire chier.
le monde (stéphane davet), 26.09.03
LES TETES RAIDES JOUENT AU JOURNAL TELEVISE
Les Têtes raides pourraient remplir le Zénith, mais le groupe se sent chez lui aux Bouffes du Nord. Ces peintures écaillées, cette mise en scène de l'usure sont l'écrin idéal pour l'univers musical et visuel d'un groupe sensible au charme brut des matières et à l'érosion du temps. Dans leur précédent spectacle, les Têtes raides accueillaient leurs fidèles - toujours plus fervents, treize ans après les débuts - en jouant à la pétanque. Cette fois, l'arène est dessinée par un alignement de vieilles caisses. De multiples instruments reposent sur la piste, tandis que s'affaire, sur une estrade, l'équipe de "Télé-Samara". A l'heure ou Patrick Poivre d'Arvor quitte les foyers, Titi - veste, short, tongs, lunettes vertes et sourire à chicots à rendre jaloux Shane McGowan - prend le relais pour un journal télévisé intégré au concert.
Bricolé de sketches ("Trente secondes pour convaincre", très inspiré de "La minute de M. Cyclopède" de Pierre Desproges) et de dessins animés projetés sur deux écrans de chaque côté de la scène, ce JT passe du rire léger à des saillies plus grinçantes. Aux côtés du présentateur, Tignous, un dessinateur satirique emprunté à Charlie, taille des croupières à Chirac, Sarkozy et Raffarin. La gravité a aussi sa place. Après avoir donné la parole aux intermittents et aux urgentistes, les Têtes raides accueillent ce soir Nathalie, membre du Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti), venue protester contre les projets français et européens en matière d'immigration.
Cette confrontation au réel et à l'engagement, on la retrouve dans les nouvelles chansons. Le spectacle reprend, dans l'ordre, les morceaux de leur nouvel album, "Qu'est-ce qu'on s'fait chier ! " Dès le premier titre, Civili, joué en pleine lumière, on appréhende la coloration plus électrique, mordante et littérale, d'un groupe surtout connu pour son goût de l'instrumentation acoustique et de la poésie surréaliste.
La voix longtemps grommelante de Christian Olivier, sorte de Tom Waits du pavé parisien, s'est éclaircie en même temps que son écriture. Si java, valse ou polka sont encore au centre des ballets de cuivres, de cordes et d'accordéons de ceux qu'on a qualifiés de chefs de file d'un courant néoréaliste, le rock entre plus souvent en phase avec ses besoins de révolte.
A la base de mille idées de scénographie, l'espace, les lumières, de vieux objets et de multiples instruments servent la consistance d'un univers qui oscille entre fête et douleur à vif. De noir vêtu, comme tous ses complices, Christian Olivier continue de travailler ce personnage austère au sourire absent, quand Grégoire Simon, saxophoniste géant à la bille de clown, en est le contrepoint burlesque. Les Têtes raides n'ont jamais été des mélodistes d'envergure, mais, sur scène, quantité de moments de création nourrissent l'enthousiasme des fans.
Patipata, avec Christian Olivier scratchant sur un vieux magnéto, devant des compères alignés comme les Frères Jacques ; "Ginette", en version instrumentale jouée aux ondes Martenot et fredonnée par le public ; En silence, avec le chanteur jouant à la fois de l'accordéon et des grincements d'une chaise ; "Iditenté", titre final, autrefois chanté en duo avec Noir Désir, qui dit, entre autres : "Y a pas de pays pour les poètes et les baladins/Tu veux un pays, prends le mien." |
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| Description: |
| pochette de l'album "Gratte Poil" |
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| Description: |
| pochette de l'album "Chamboultou" |
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| Description: |
| pochette de l'album "Le bout du toit" |
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Posté le: Lun Nov 01, 2004 7:24 am |
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| Maïlila |
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Extra !
- «Mais alors vous faites quoi?»
- «De la chanson pas chantée»
- «Ben, vous chantez pas alors ?»
- «Non»
- «Ben c’est pas d’la chanson alors ?»
- «Ben si, c’est d’la chanson pas chantée, t’es con ou quoi?» (rires...)
Drôle d’intro, qui dit beaucoup, intrigue assez... Voilà le premier album de Loïc Lantoine, Badaboum. Ecoutez-voir.
Un nom, un prénom, un duo, la trentaine fragile. Une voix, une contrebasse, intime alchimie. Loïc Lantoine, c’est Loïc Lantoine et François Pierron, complices en poésie et mots qui se trimbalent, de quai de gare en coins de bar, musiciens de l’intérieur, notes qui perlent au bout des doigts, au bord des lèvres.
L’un chante, l’autre joue, ou peut-être est-ce l’inverse. Ils s’y sont mis sur le tard, qu’il racontent. Loïc au texte, François à l’instrument. L’un du côté du Nord, La Chapelle d’Armentières, l’autre en Touraine, origine Montrésor, puis la région parisienne. Pour le premier, une «passion de la poésie qui vient de loin», mais loin aussi de «la prétention du genre»; pour le second, où la chanson fait partie de la famille, pas question de faire comme papa. Il aura fallu, sans doute, à Loïc un Allain Leprest pour entrer en écriture, à François un Christian Gentet pour sortir des rangs du conservatoire. Et puis la rencontre, tellement évidente au fond. Evidence d’une histoire à raconter ensemble. Loïc: «Les premiers textes sont venus, je commençais à gueuler un peu dans les bistrots... Au premier contrat déclaré, j’ai appelé François».
Duo, comme les deux visages d’une même envie de partage. Quatre ans que ça dure. De scènes en scènes. Une chanson dans la tradition du verbe, et dans la liberté de l’impro. Chanson pas tout à fait comme les autres, le geste en plus, et une générosité sans esbrouffe. Pas question de virtuosité entre eux deux, mais un vrai sens du populaire; rassembler, même rien qu’un peu, dessiner un univers et le partager; du vrai, du sensible. «Après un spectacle, on a envie de rencontrer des sourires, pas des yeux grands comme ça» dit François.
Quatre ans que ça dure et que tout avance et que tout va vite. De la scène au studio, voilà maintenant le pas franchi. Dans des conditions idéales pour les deux musiciens (trois semaines d’enregistrement -royal-, François Casaïs aux prises, Jean Lamoot au mixage), rien que de l’humain tout autour. Restait à oublier la chaleur et la théâtralité des planches pour donner une nouvelle vie aux morceaux studio. Avec des invités, entre guitares, percus et accordéon (Gil Barouk, Daniel Bravo, La Rue Kétanou, Jean Corti, Denis Charolles), «on a réinventé, on s’est redécouvert». De la matière plein les pognes et la tête, des envies pleines de vie: résultat saisissant. Badaboum, et tellement de choses sont dites. Poésie décalée des cordes et du phrasé, Loïc Lantoine chante entre les lignes. Ecoutez-voir.
Cécile Rognon
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Posté le: Lun Nov 01, 2004 7:32 am |
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| Maïlila |
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En quelques mots
Après leur passage au Théâtre des Bouffes Du Nord en Juillet 2002, il était clair qu’à l’audace les Têtes Raides ajouteraient désormais la témérité. Sur la piste de ce petit cirque secret saupoudré de terre ocre on les avait vues s’enhardir au point d’abandonner le principe du récital pour concevoir autour de leurs chansons de véritables tableaux vivants, insolites et cocasses. Du coup leur réputation de groupe austère à la poésie un peu absconse se retrouvait les jupes en l’air et le corsage défait. Comme une grâce obtenue au prix de 19 ans d’effort obstiné, la Liberté venait leur rendre visite. Entamé en 1984, leur parcours de franc tireur découle en effet du choix sans équivoque d’une éthique de métier qui après huit albums et des centaines de concerts n’a jamais été prise en défaut. Non, aux Bouffes du Nord ils s’étaient montrés sous un jour qu’on ne leur connaissait pas, drôles et jouant de l’auto dérision aussi bien que de l’accordéon ou du trombone à coulisses. Comme délivrés d’un poids intérieur, d’un souci, d’une responsabilité. La chanson française, capricieuse comme le sont parfois les vieilles dames, eut bien du mal à retrouver dans cette troupe, plus proche du Magic Circus ou de Bertold Brecht que de la tradition rive gauche, ceux qu’elle s’était pourtant résolue à considérer comme ses propres enfants. Il y avait là une remise en cause de la forme spectaculaire et des lois de l’interprétation les poussant à l’exploration de pistes nouvelles. La projection de films d’animation réalisés par le collectif les Chats Pelés, auquel appartient le chanteur Christian Olivier, la présentation de petits impromptus comme la construction d’un mur à l’aide de cubes géants, ou bien encore l’incarnation de certaines héroïnes, telle cette Ginette désarticulée que n’aurait pu renier Pina Bausch, leur envie de sortir des sentiers battus, de réveiller nos salles de concerts de l’inertie qui les plombe, se ressentait brûlante. S’ils avaient pu se changer eux même en bonhommes de pâte à modeler, ils l’auraient fait sans hésiter. Ce que nous ignorions alors, c’est que cette fusion des genres- picturaux, théâtral, musical- faisait en réalité des Bouffes du Nord le laboratoire d’un album qu’ils allaient concevoir sur une année dans 6 studios différents, répartis entre Paris, Boulogne Billancourt, Bruxelles et…Pompignan. Le titre, Qu’est ce qu’on se fait chier, est naturellement à prendre à revers. D’ailleurs, ils auraient pu aussi bien emprunter à un célèbre bistrot situé en face de la prison de la Santé, le nom impérissable d’Ici mieux qu’en face. Car si l’on se fait chier quelque part, c’est évidemment partout sauf sur ce disque. Les premières mesures de Civili, nous rassurent sur un point : les Têtes Raides viennent du rock et entendent y retourner dès que l’urgence s’en fera sentir. C’était déjà le cas avec l’Iditenté de l’album Gratte Poil. Cette explosion « droit de l’hommiste »- pour reprendre la formule chère à Nicolas Sarcophage dont cette chanson, rétroactivement, s’anoblit du mépris de nobliau milicien – était le produit d’une réaction chimique entre Tête Raides et Noir Désir. Pour Civili, ce serait davantage le fantôme de Joe Strummer qui a servi de déflagrateur, avec ces premières mesures qui rappellent opportunément celles de London Calling et vous collent, recta, la chair de poule. Depuis le sabordage des Bérurier Noir, il n’y avait guère que les Têtes Raides pour nous inventer une de ces Carmagnoles punk que la belle jeunesse de France va adorer reprendre à l’unisson les grands petits soirs de kermesse. « C’est pas dans les chansons/ ni dans l’eau de mon vin/ Qu’on fera de demain des civilisations…» Ils ont sorti les guitares comme en d’autres temps, et circonstances, on sortait par devoir les fusils cachés dans l’armoire ou la grange à foin. C’est un appel à l’insurrection des esprits, à la mobilisation des consciences, à la réquisition des vigilances, lancé d’un pays que certains travaillent à endormir. Mais c’est aussi une manière fort astucieuse de relativiser l’importance qu’ils accordent à leur propre rôle de saltimbanque; mieux, de l’inscrire dans le cadre d’un plus vaste combat auquel participent aussi bien les intermittents du spectacle, les profs ou les infirmières, les urgentistes de tout poil, tous ces anonymes qui précisément, produisent de la civilisation. Go Away actionne la pompe à joie (à ska) à la mode Specials pour bouter le « démago » Black is Beautiful invente la chanson anti raciste humoristique, car s’emballant sur un de ces airs guillerets qui moussent à chaque fête de la bière à Munich. Pourtant les Têtes Raides n’en sont pas devenues plus militantes pour autant. Du moins sont-elles aussi éloignées que l’on puisse être de toute forme de rhétorique. Leur engagement concerne avant tout cette dimension que certains voudraient nous faire admettre comme subalterne- la poésie, l’imaginaire- mais sans laquelle la vie s’éloigne encore un peu plus irrémédiablement des rives du bonheur. La nouveauté essentielle de cet album concerne en fait l’aménagement d’un espace sonore élargi à l’intérieur duquel les Têtes chantent, parlent, vitupèrent, vocifèrent, conspuent, délirent, hululent… Une conquête rendue possible grâce au statut de réalisateurs qu’ils ont assumé ici pour la première fois, depuis la galette en carton disque auto produit 89, par la présence de Olivier Genty à la prise de son et de Jean Lamoot dans le rôle de « metteur en son », déjà apprécié pour ses contributions sur les enregistrements de Bashung ou Noir Désir. De sorte que le résultat évoque parfois à la création auditive d’une cité souterraine, clandestine, domicile d’une humanité réfugiée, balbutiante, stupéfiée, une cour des miracles d’où nous remontent l’écho de borborygmes pathétiques sur Pitance ou d’obsessions siphonnées dans Les Souris. C’est à la fois grave et hilarant. Un disque fourmilière, truffé de mille gémissements de cordes - mandole, guitare, violoncelle, violon (dont celui de Yann Tiersen) - grouillant des chuintements et barrissements de cuivres de tous calibres, hanté de la bizarrerie boréale des ondes martenots, de la nostalgie de l’orgue de barbarie. Et surtout dense d’innombrables voix, chorale d’enfant sur PatiPata, baryton troglodyte de casse auto dans Les Dents dont le puissant « c’était bien avant/ je bouffais du pneu » restera longtemps dans nos mémoires. Voix folâtrant dans l’apesanteur déconcertant de Soupault, hommage réussi rendu à l’un des inventeurs de l’écriture automatique et du surréalisme. Et puisqu’y résonne également celle, méphistophélique, d’Antonin Artaud, récupérée d’un célèbre extrait de son envoûtante radiodiffusion Pour en finir avec le Jugement de Dieu, nous ajouterons que tout ceci possède encore, très certainement, des vertus thérapeutiques. Pour autant cette touche expérimentale ne soustrait nullement nos Têtes à leurs obligations de chanteurs de chansons vranzaizes. Certes, contrairement aux autres fois, ils s’acquittent de cette mission avec une évidente distanciation, et un soupçon de parodie, mais également avec une étonnante franchise. Dans Vaille que Vaille et son déboulé de fanfare macédonienne, ils vont s’en tirer par un non texte. Mais un peu plus loin, ils feront de En silence un moment rare de pure sincérité, avouant combien dire l’amour, la mort ou le chant des oiseaux est devenu de nos jours, si lourds de l’entassement perpétuel de la matière, une entreprise bien difficile.
Joyeux, grave et déjanté Qu’est ce qu’on se fait chier est le signe rassurant, enthousiasmant, que les Têtes Raides sont parvenues, selon le mot de René Char « à développer leur étrangeté légitime ». La preuve qu’ils entrent en fanfare dans une nouvelle phase de leur carrière.
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